mardi 18 juillet 2017

Il faut qu'une mère puisse tolérer de haïr son enfant sans rien y faire. Elle ne peut lui exprimer sa haine. Si, par crainte de ce qu'elle peut faire, elle ne peut pas haïr comme il convient lorsque son enfant lui fait mal, elle a recours au masochisme et je pense que c'est à l'origine de la théorie erronée du masochisme naturel chez les femmes.

Donald W. Winnicott, La haine dans le contre-transfert

vendredi 7 juillet 2017

Carnet/Psy n° 209 : Entretien avec Raymond Cahn

Entretien avec Raymond Cahn
par Serge Tisseron et Marie-Noëlle Clément

Le Carnet./psy n° 290, juillet 2017

Plan de l'article
  1. L’enfance d’un psychanalyste
  2. Les années de formation
  3. De l’apprentissage de la psychanalyse à la présidence de la SPP
  4. La rencontre avec l’œuvre de Winnicott
  5. La rencontre avec Denise Weill et la création du CEREP
 
www.carnetpsy.com
 
www.cairn.info

vendredi 30 juin 2017

A paraître : "Transitionnalité et sublimation", Revue française de psychanalyse n° 3, tome LXXXI

Colloque René Diatkine 2016
Argument

Transitionnalité et sublimation dans la cure

Paul DENIS

Plus que « les mots et les choses » il faut considérer les représentations et les choses. L’investissement des représentations, nées des expériences de satisfaction vécues avec des objets pulsionnels et des objets d’amour, est le fond même du plaisir au fonctionnement du psychisme. Au cours du processus analytique les associations libres déroulent ce jeu des représentations liées les unes aux autres et conduisent finalement à celles dont la charge affective, le potentiel d’excitation, étaient évités jusque-là, ou à ces représentations manquées que sont ces images porteuse d’une charge traumatique  qui vient rompre la continuité du fonctionnement psychique. Les « résistances » à l’analyse sont invariablement organisées par rapport au risque de surgissement d’affects trop violents, d’une excitation trop forte ou d’une rupture de la continuité du tissu psychique. Il s’agit finalement, au cours de l’analyse, d’ouvrir une voie élaborative, une voie psychique à ces foyers d’excitation enfouis, souvent plus réprimés que refoulés, et fauteurs d’agir.
Freud décrit parfaitement le dilemme du psychanalyste face aux résistances et à cette propension du patient à agir pour décharger ou mater son excitation ; dilemme car  l’analyste, malgré lui, se comporte en pompier pyromane. Freud prescrit de lutter contre le feu :
« Afin de maintenir sur le terrain psychique les pulsions que le patient voudrait transformer en actes, il entreprend contre ce dernier une lutte perpétuelle et quand il arrive, grâce au travail de la remémoration, à liquider ces pulsions, il considère ce résultat comme un triomphe du traitement » (Freud, 1914g, p. 112). Mais quels sont les moyens de la lutte ? Et la remémoration, sans doute, est un succès mais comme Freud l’indique ailleurs « c’est le travail qui permet à l’inconscient de devenir conscient qui est l’essentiel » : c’est un travail d’élaboration qui permet finalement que la remémoration apparaisse. Freud à l’époque est assez optimiste pour écrire que « Lorsque le transfert aboutit à un attachement utilisable de quelque façon, le traitement est en mesure d’empêcher tous les actes itératifs les plus importants du malade et d’utiliser in statu nascendi les intentions de celui-ci en tant que matériaux pour le travail thérapeutique » (Ibid). Trop optimiste quant à la possibilité d’empêcher grâce au transfert « tous les actes itératifs (…) du malade » mais raisonnablement optimiste lorsqu’il indique qu’il est possible d’utiliser « les intentions » du patient comme des « matériaux pour le travail analytique ». Il s’agit de convertir « l’intention » en élément pour une élaboration psychique de ce qui sous tendait « l’intention ». D’opérer à la fois une inhibition de but et un déplacement du registre de l’acte vers l’espace psychique. Ne sommes nous pas proches de l’idée de sublimation ? Et quelle serait la place de ce type de mouvement dans le « processus analytique » ?
Et Freud souligne l’importance du champ transférentiel : « Nous rendons cette compulsion [à l’agir] anodine, voire même utile, en limitant ses droits, en ne la laissant subsister que dans un domaine circonscrit. Nous lui permettons l’accès au transfert, cette sorte d’arène où il lui sera permis de se manifester dans une liberté quasi totale … » (Freud, 1914g, p. 113). Il n’y a pas de délit d’intention, il faut laisser l’intention s’exprimer : « Le transfert crée de la sorte un domaine intermédiaire entre la maladie et la vie réelle, domaine à travers lequel s’effectue le passage de l’une à l’autre » (Ibid, p. 113-114). Domaine intermédiaire, forme psychanalytique de l’aire transitionnelle de Winnicott ? Il est du reste possible que cette formulation de celui-ci ait inspiré celui-là. De là à considérer l’analyste, objet du transfert, comme forme d’objet transitionnel il n’y a qu’un pas…
L’idée de Freud d’utiliser des « constructions en analyse » — mais aussi des « représentations d’attente » — serait une façon d’offrir au patient un élément transitionnel, transitionnel dans la mesure où il appartient à ce domaine intermédiaire qui s’établit entre le psychisme du patient et celui de l’analyste.
La notion de jeu dans la technique analytique, introduite par Winnicott qui considère que l’analyse « se situe en ce lieu où deux aires de jeu se chevauchent, celle du patient et celle du thérapeute » (Winnicott, 1975, p. 55) a été reprise par différents auteurs[1],  et explicitement utilisée dans le psychodrame ; l’idée de jeu renvoie aux moyens qui permettent à l’analyste de donner à cette « lutte perpétuelle » par rapport à la propension du patient à recourir à l’agir, les moyens d’une élaboration.
La fréquence avec laquelle on observe l’apparition d’activités sublimatoires au cours d’une analyse est telle que celles-ci pourraient être considérées comme une latéralisation — souvent féconde — de ces mouvements de jeu apparus dans la cure. Certaines d’entre elles ont une valeur de remémoration, de retrouvailles avec des objets d’autrefois…
La sublimation est-elle aussi une forme du souvenir, et la remémoration une forme de sublimation ?
Le processus analytique peut-il être envisagé sous l’angle de l’établissement d’une forme de transitionnalité et du développement de mouvements sublimatoires ?
Paul Denis
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Freud S. (1914g), Répéter, remémorer, élaborer, La Technique psychanalytique, trad.A. Berman, Paris, Puf, 1953.
Winnicott D.W., Jeu et Réalité, Paris, Gallimard, 1975.

[1] En particulier en France par René Roussillon.

mardi 27 juin 2017

Congrès minute : "Winnicott : une clinique contemporaine au delà des frontières"





Winnicott : une clinique contemporaine au delà des frontières

Toutes les conférences sauf celles de Thatzopoulos, Ofra Eshel  et Angela Joyce (cas cliniques). Pour les orateurs qui parlent en anglais ( 6), la traduction est jointe à l’enregistrement (en PDF).

https://congresminute.com/boutique/entree-par-theme/psy/psychanalyse/winnicott-une-clinique-contemporaine-au-dela-des-frontieres/

mardi 20 juin 2017

Philippe Jaeger : Contributions de Ferenczi, Bion, Winnicott et Meltzer à la psychosomatique psychanalytique

Philippe Jaeger : Contributions de Ferenczi, Bion, Winnicott et Meltzer à la psychosomatique psychanalytique. 

Chapitre à paraître ce mois-ci dans l'ouvrage collectif "La psychosomatique" dirigé par Félicie Nayrou et Gérard Szwec aux éditions Puf dans la collection "Débats en psychanalyse".

Le courant de pensée psychanalytique né il y a une cinquantaine d’années avec l’École de Paris de psychosomatique n’a eu de cesse de se développer au cours de son histoire. Cet ouvrage examine l’évolution de ces théorisations depuis les travaux des pionniers qu’ont été Pierre Marty, Michel Fain et Michel de M’Uzan, jusqu’aux avancées théorico-cliniques contemporaines. 

Comment ont évolué, ces dernières années, les conceptions théoriques sur la psychosomatique, après les débats qui les ont mises au travail vis-à-vis de la théorie freudienne ? Quels sont les autres points de vue qui peuvent être mis en perspective avec les développements des psychosomaticiens ? Quels sont les développements récents des théorisations psychosomatiques ? Et dans quels champs ces théorisations peuvent-elles constituer des apports nouveaux ? Telles sont les questions ici traitées.

https://www.puf.com/content/La_psychosomatique

mardi 13 juin 2017

Parution de "Le travail du psychanalyste" de François Duparc aux éditions d'Ithaque

Le Travail du psychanalyste

François Duparc

Ce livre se propose de repenser le travail du psychanalyste dans une perspective de recherche quant aux moyens et aux visées de l’analyse contemporaine. 

Au centre de ce travail, un principe de diversité pour accueillir, au-delà d’une nosologie statistique réductrice, l’éventail des pathologies actuelles à tous les âges critiques de la vie. Pour cela, la construction d’un cadre sur mesure est souvent nécessaire. Sans négliger les paramètres fondamentaux que sont la libre association par la parole, la neutralité et l’écoute bienveillante, ainsi que l’interprétation sous toutes ses formes, ce soutien spécifique du cadre peut aller des aménagements propres à restaurer la contenance de l’agir jusqu’au psychodrame ou à la relaxation analytique. Au-delà des rêves ou des fantasmes racontés, le matériel pris en compte par
l’analyste peut aussi inclure le préverbal et la résonance des émotions, voire les formes sensorimotrices des traumatismes, aux limites du somatique. Une analyse plus classique reste toutefois une perspective évolutive à plus ou moins long terme.

Dans un langage simple et clair, François Duparc présente ici les outils essentiels à la prise en charge psychanalytique des pathologies actuelles.

www.ithaque-editions.fr

mardi 6 juin 2017

6ème Colloque Ouvert de la SBP le 14 octobre 2017 : André Green, un psychanalyste engagé, une pensée vivante

La Société Belge de Psychanalyse organise son sixième colloque ouvert en hommage à l’oeuvre d’André Green, psychiatre, psychanalyste, membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris, décédé le 22 janvier 2012. Le colloque se tiendra samedi, le 14 octobre 2017, au Universitair Centrum Kortenberg, Leuvensesteenweg 517 à 3070 Kortenberg.

www.psychoanalyse.be

vendredi 2 juin 2017

Citation

J’aurais aimé pouvoir dire que je n’oriente pas les patients, mais ce n’est pas vrai. Un analyste commet une grande erreur en imaginant le contraire. Théoriquement, vous laissez aux patients suffisamment d’espace pour qu’ils racontent tout ce qu’ils veulent. Or, à vrai dire, votre simple présence déforme l’essentiel de la situation. Ils n’ont qu’à vous jeter un coup d’œil pour décider s’ils sont prêts à vous parler, ou s’ils ne le feront jamais, quelles que soient les circonstances.

Wilfred R. Bion, Quatre discussions avec Bion

mardi 23 mai 2017

Les recommandations techniques de Bion

Les recommandations techniques de Bion

Pour résumer à l'extrême, Bion formule cinq recommandations, eu égard à la technique :

I. Ayez recours au(x) sens, au mythe et à la passion lorsque vous dirigez une cure. Le "sens" renvoie à un usage pénétrant du sens de l'observation requis par les sens - qu'un seul, plusieurs ou tous les sens mobilisés. Le "mythe" se rapporte aux schèmes mythiques particuliers permettant d'organiser et d'articuler l'objet analytique (le O de la séance), lequel, pour le dire en terme kleinien, correspond au niveau maximum d'angoisse inconsciente du patient. Bion conseille à l'analyste de rechercher et de mettre en réserve ces mythes afin de se créer l'équivalent d'un système scientifique déductif, mais adapté à la pratique analytique. Les mythes sous-tendent également les phantasmes, conscients et inconscients. Quant au terme de "passion", ils désignent les fluctuations émotionnelles de l'analyste lorsque ce dernier entre en résonance avec les émotions du patient. [...] Bion recommande à l'analyste de recourir à deux types d'observations : émotionnelle et objective - c'est-à-dire à l'intuition et à l'attention.

II. Abandonnez mémoire, désir et compréhension, et ne faites plus usage d'aucune préconception. Chaque séance est le premier jour - chaque fois recommencé - de l'analyse. Ne rappelez pas à votre souvenir les séances précédentes ; laissez-les revenir spontanément à vous. N'ayez aucun désir de guérir le patient.

III. Plongez-vous dans un état de rêverie (un état de "rêve éveillé") pour pouvoir recueillir les émotions du patient et restez aussi réceptif que possible à vos propres résonances émotions inconscientes avec lui. lorsqu'il interprète, l'analyste ne doit rien dire qu'il ne ressente. S'il déroge à cette règle, le patient le saura. L'analyse ne doit pas non plus répéter ses interprétations. Chaque interprétation doit être une surprise aussi bien pour l'analyste que pour le patient.

IV. Recourez librement à l'imagination et au raisonnement spéculatif.

V. L'analyste doit "rêver" chaque séance - c'est-à-dire "rêver" les émotions que le patient n'a pas (ou pas intégralement) rêvées : O, de manière générale.

James S. Grotstein, Un rayon d'intense obscurité. éditions d'Ithaque, 2016

vendredi 19 mai 2017

Réédition de "le bébé et sa mère" de Donald W. Winnicott aux éditions Payot

Le Bébé et sa mère |  Donald W. Winnicott

Traduit de l'anglais par Madeleine Michelin et Lynn Rosaz

Redonner confiance aux mères angoissées, rappeler qu’elles savent intuitivement quels sont les sentiments et les besoins de leurs bébés, et expliquer d’où leur vient cette formidable compétence qui ne s’acquiert pas dans les livres, tel est l’enjeu de ce recueil où, avec simplicité et se plaçant toujours du côté des mères face au pouvoir médical, le célèbre pédiatre et psychanalyste parle de la grossesse, de la naissance et de l’allaitement, de la communication mère-enfant – bref, de tout ce qu’une mère fait naturellement et qui favorise le développement harmonieux de l’enfant.

http://www.payot-rivages.net/livre_Le-Bebe-et-sa-mere-Donald-W-WINNICOTT_ean13_9782228918183.html

mardi 16 mai 2017

Réédition de "La petite Piggle" de Donald W. Winnicott aux éditions Payot & Rivages

La petite "Piggle" |  Donald W. WINNICOTT
Traitement psychanalytique d'une petite fille

Traduit de l'anglais par Jeannine Kalmanovitch et Jacques Theumann

« Maman, emmène-moi chez le Dr Winnicott ! »

« Piggle », c’est le surnom que ses parents ont donné à Gabrielle, une petite fille de deux ans et demi que Winnicott va suivre pendant trois ans, entre 1964 et 1966, à seize reprises et « à la demande » (l’enfant habite loin de Londres). Dans ce « journal », le célèbre psychanalyste rapporte à la fois les séances elles-mêmes, ses propres notes et commentaires, ainsi que les échanges avec les parents. Toute la bienveillance de Winnicott, son intelligence clinique, son aisance avec les enfants, éclatent à chaque page.

http://www.payot-rivages.net/livre_La-petite-Piggle-Donald-W-WINNICOTT_ean13_9782228918169.html

vendredi 12 mai 2017

Sein psychosomatique et sein alexithymique : une perspective psychosomatique bionienne de Luc Magnenat

Sein psychosomatique et sein alexithymique : une perspective psychosomatique bionienne de Luc Magnenat

Texte disponible dans L'année psychanalytique internationale 2017 paru aux éditions InPress

www.inpress.fr/project/lannee-psychanalytique-internationale-2017

mardi 9 mai 2017

Une nouvelle conception de la destruction : à propos de l'article de Winnicott "L'utilisation de l'objet et le mode de relation à l'objet au travers des identifications" de Thomas H. Ogden

Une nouvelle conception de la destruction : à propos de l'article de Winnicott "L'utilisation de l'objet et le mode de relation à l'objet au travers des identifications" de Thomas H. Ogden

Texte disponible dans L'année psychanalytique internationale 2017 paru aux éditions InPress

www.inpress.fr/project/lannee-psychanalytique-internationale-2017

mardi 25 avril 2017

Citation

Pour environ trois séances, l'ensemble de la psychanalyse est très utile - puisque vous ne savez absolument rien de plus, c'est tout ce sur quoi vous pouvez comptez de toute façon. Seulement, ce n'est utile que parce que cela doit vous permettre de dire quelque chose d'adéquat à la personne en question, en attendant de savoir avec qui vous êtes en train de parler.

Wilfred. R. Bion, Quatre discussions avec Bion

vendredi 21 avril 2017

Citation

Dans l'état de santé, il y a un noyau de la personnalité qui correspond au vrai self de la personnalité clivée ; je pense que ce noyau ne communique jamais avec le monde des objets perçus, et que l'individu sait que ce noyau ne doit jamais être en communication ou être influencé par la réalité extérieure.

Donald W. Winnicott, De la communication et de la non-communication